Route jusqu’au lac de Van, au Kurdistan turque

Cet article, récit de notre voyage jusqu’au lac de Van, est la suite directe de notre passage au Nemrut Dagi. Il s’inscrit dans un périple plus long, de Bruxelles au Mont Ararat.

Récit d’une nuit de route

La route fut longue. Depuis Nemrut Dagi, nous avons descendu les hauteurs de l’anti-Taurus. Nous sillonnions des routes de montagnes dans une nuit épaisse, sans lune, et nos seules lumières étaient les phares de la voiture. Trois heures de lacets furent nécessaires pour atteindre une route d’asphalte, ce qui permit d’accélérer notre course.

La transition la plus marquante fut la frontière officielle ou officieuse du Kurdistan. Un pont traversant le Tigre, devant lequel se dressait un péage. S’y trouvaient des militaires entourant un véhicule blindé. Juste à côté de cette troupe, une petite terrasse de restauration. Nous décidâmes de nous y arrêter, et installés sur des tables en plastique, on prit le thé ainsi qu’un repas de pacha turc. Une femme en habits traditionnels s’occupait de nous servir, et nous souriait comme si nous étions ses enfants.

La route avait ensuite duré toute la nuit. Notre but était d’aller le plus loin possible à l’Est. La longueur de l’Anatolie s’éprouvait dans les heures qui défilaient. Nous avions roulé jusqu’à Diyarbakir, la capitale historique de la nation kurde, puis Batman avant de repartir vers le Nord. Nous traversions villes, plaines et collines, sans qu’aucune lumière ne permit d’en percevoir les évolutions. Nous filions dans la nuit noire, au travers d’un monde d’abstractions.

Difficile de trouver le sommeil entassé à cinq dans une voiture. La place du milieu est définitivement la pire. On ne fait qu’y piquer du nez, sans jamais trouver un seul point d’appui. Pour être quitte, nous organisions des tournantes, permettant à chacun de glaner du temps de sommeil. Notre conducteur, lui, n’en démordait pas. Shooté par des boissons énergisantes, ses veines carburaient à la taurine. Il enchainait les heures de conduite en même temps que ses albums de rap. Rythmé sur leurs cadences, il roulait comme un diable, pulvérisant des pleins d’essence, franchement décidé à engloutir ce qu’il restait d’Anatolie.

Jusqu’à ce que le matin pointe. Les montagnes sombres devinrent bleutées puis jaunissantes et bientôt nous nous retrouvions face à un lac qui pourrait être une mer. Enfin le lac de Van. On le découvrit en début de matinée. La fatigue de la nuit blanche rendait presque irréel ce paysage de collines désolées plongeant dans une immensité bleue. Comme l’impression d’avoir franchi les barrières du monde onirique. Le soleil montant parait la surface de dorures mouvantes. Fascination pour cette étrange beauté et sentiment d’avoir atteint les confins.

lac de Van

Arrivée à Tatvan, bivouac

On traversa Tatvan, première ville lacustre, dont certains axes sont bordés d’une quantité excessive de lampadaires. La ville est vraiment étrange, presque surréaliste. Alors qu’on aurait juré avoir pénétré les profondeurs du monde, elle arbore une modernité froide et fonctionnelle qui détone avec le reste. Elle reste toutefois dans la même veine que celles croisées depuis Kayseri, marquées par des projets urbanistiques récents.

Il ne nous restait plus qu’à trouver un endroit où passer notre « nuit ». On finit par opter pour un terrain recouvert de maquis. L’enjeu fut davantage de trouver un coin d’ombre qu’un sol plat. Je finis par dénicher un spot où il semblait y avoir un peu des deux, et y installai ma tente pour y sombrer.

Réveil caniculaire quelques heures plus tard. Une bonne matinée a suffi à transformer ma tente en Hammam de Karaköy. Pourtant, la fatigue m’obstine à rester clouée au sol, et je demeure un bon moment dans ma torpeur fiévreuse. Puis soudain, un shoot d’adrénaline me réveille. Une énorme bête passe à côté de ma tente. Bêtement, je me dis d’abord qu’il s’agit d’un ours. Il me faut quelques instants, aux aguets, avant de comprendre de quoi il en retourne. Je ressens un soupir de soulagement. Nous nous sommes installés dans un pâturage de vaches.

Je sors ma tête de la tente pour aller à sa rencontre. En effet, une grosse vache brune broute tranquillement à côté de ma tente, se souciant comme d’une guigne de ma présence. Elle est accompagnée d’une poignée d’autres. Le Soleil est haut dans le ciel. Une fois debout, je distingue l’immensité du lac. Il est bon de se retrouver face à une telle étendue d’eau, au milieu de terres arides venant s’y abreuver.

le Lac de Van, plus grand de Turquie

Je descends à son bord. Ici, pas de plage aménagée ni de touristes, tout est laissé à l’état sauvage. Depuis que nous avons quitté le Nemrut Dagi, nous évoluons dans des territoires qui ne sont référencés dans aucun guide de voyage occidental. Les voyageurs que l’on rencontre viennent pour la plupart de Turquie et d’Iran, dont la frontière est proche. La région échappe encore à l’emprise de l’industrie touristique, et constitue un vent de fraîcheur.

Je me baigne dans le lac. Sa texture est étrange. En cause : sa forte salinité et son caractère alcalin. N’ayant pas d’exutoire, il a concentré une grande quantité de minéraux au fil du temps. Sa composition donne à l’eau une texture visqueuse et légèrement savonneuse au toucher.

Le lac de Van est le plus grand de Turquie et le deuxième d’Asie de l’Ouest après le lac d’Ourmia. Portant dans son bassin des eaux salées, on y flotte facilement. Les alentours sont impressionnants. Nous nous trouvons sur le Haut-plateau arménien, à l’est de la Turquie.

lac de Van

Tour du Lac de Van

Nous décidons de contourner le lac par le Sud. Les routes sont récentes, laissant deviner l’investissement important de l’État pour réinvestir cette région. Leur modernité dénote avec les bicoques vétustes et la campagne traditionnelle qu’elle croise. Nous faisons un détour par une petite péninsule. Il s’agit de la première en partant de Tatvan, qui est creusée d’une crique. Sur Maps, elle porte le nom de Tatvan Incekaya. Se rendre à son extrémité permet de découvrir de nouveaux horizons.

lac de Van

Nous réalisons une seconde étape dans la péninsule du monastère de Surp Harutyun. Elle prend la forme d’un « i » dont le point suscrit est un gros rocher. Des visiteurs s’amusent à y grimper pour admirer les environs. D’ici, on peut distinguer la rive Est du lac. Une grosse tache blanche et des reflets lumineux nous indiquent la présence de Van.

lac de Van

La journée fut courte et nous décidons de nous arrêter un peu plus loin. Nous installons notre tente dans un espace isolé au bord du lac. Une petite route passe non loin de là, traversée par quelques rares véhicules.

bord du lac de Van

Tôt le matin, nous prenons la route de Van. La ville est plus importante que sa cousine. Elle est un quadrillage de bâtisses en pierre. Son esthétique est plutôt moderne, car elle fut principalement construite dans les années 50. Son point le plus remarquable est sa forteresse, la Van Kalesi, qui se dresse face aux berges du lac.

Van
forteresse de Van

La forteresse de Van

Portant le regard vers le lac, on distingue la colline rocheuse et la forteresse. Ces fortifications furent construites sous l’antique royaume d’Ourartou, au XIe siècle av. J.-C. Elle surplombe une vaste plaine où se dressent encore les ruines de Tushpa, la capitale du même royaume. Nous évoluons au bord des falaises dans ce décor incroyable, d’autant plus qu’il n’est aménagé d’aucune infrastructure.

La visite coute une poignée de lyres turques. Un long chemin permet de gravir la colline et d’atteindre l’enceinte de la forteresse. Elle s’étend sur toute la longueur de la crête. Côté Est, elle offre un panorama sur Van, traversée de longues avenues. Plus loin, le territoire devient montagneux, un univers de roches qui marque la frontière avec l’Iran. La pointe Ouest permet un superbe point de vue sur le lac, et Tatvan se devine de l’autre côté.

Ville de Van

Le muezzin retentit. Une fois la visite terminée, nous entreprenons le départ. L’extrémité de notre voyage n’est plus qu’à quelques heures. Bientôt nous aurons atteint l’extrême limite de la Turquie.

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