Voyager sans avion jusqu’en Turquie : une traversée du continent
Voyager sans avion, c’est accepter les distances. C’est prendre le déplacement pour plus qu’un intervalle entre deux points. C’est prendre pleinement part à la route, célébrer la transformation progressive des paysages, aimer la lenteur des trains, faire monter en soi le désir d’ailleurs.
Dans un monde où l’avion abolit les distances, choisir la continuité terrestre n’est pas qu’une posture, c’est une volonté de retrouver un certain rapport au monde, celui qui rappelle notre humilité face aux grands espaces.
Ce voyage s’inscrit dans cette logique. Une traversée de l’Europe jusqu’au Kurdistan Turc, de Bruxelles au Mont Ararat, en bus, en train, en voiture. Une ligne tendue d’ouest en est, constituée d’une multitude d’étapes, jusqu’à son point final, un volcan isolé aux confins de la Turquie.

De l’Europe occidentale à l’Europe de l’Est : premières étapes du voyage
Notre première étape est Munich. On y parvient après une nuit laborieuse dans un TGV. On découvre la ville au petit matin. La plus grande ville d’Allemagne du Sud est un pôle économique central. Après la seconde guerre mondiale, beaucoup des bâtiments détruits furent reconstruit à l’identique. Le chef-lieu de la Bavière conserve donc une architecture historiciste et néo-gothique, reconnaissable notamment sur les bâtiments de la Marienplatz. La ville est très verte, et l’Isar qui la traverse est suffisamment propre pour qu’on puisse s’y baigner en plein centre.
Depuis Munich, la route se prolonge vers l’est. Budapest constitue la première grande étape d’Europe de l’Est. La ville s’organise autour du Danube, qui sépare Buda et Pest, deux rives aux visages distincts. Capitale de la Hongrie, Budapest porte encore les influences des empires successifs : austro-hongrois, ottomans et soviétiques. Son architecture alterne entre grands bâtiments néo-classiques, thermes hérités de la période ottomane et ensembles urbains du XIXᵉ siècle.
→ Deux jours à Budapest : que faire ?

La traversée se poursuit vers Bucarest. La capitale roumaine présente un paysage urbain contrasté, où cohabitent grands axes monumentaux, quartiers résidentiels en blocs, et bâtiments aux styles architecturaux hétérogènes. C’est une ville où l’histoire récente, de la dictature de Ceausescu à l’ouverture au capitalisme mondialisé, est inscrite sur les façades et dans les rues. Certains bâtiments sont surdimensionnés, et les marques étrangères ont pignons sur rue. Mais cela donne à la ville un caractère fort et contrasté.
Istanbul, seuil géographique et symbolique
Istanbul constitue une étape centrale du voyage. Située à cheval entre l’Europe et l’Asie, la ville occupe une position stratégique qui lui permet le contrôle des échanges entre la mer Noire et la Méditerranée. Ancienne Byzance puis Constantinople, elle fut capitale de plusieurs empires successifs. Une superposition historique qui se lit encore dans le tissu urbain, entre mosquées ottomanes, églises byzantines, quartiers populaires et infrastructures modernes.
La ville est immense, morcelée, difficile à saisir dans son ensemble. Une semaine permet d’en parcourir certains quartiers, d’observer ses contrastes et d’en mesurer l’échelle.

Traverser l’Anatolie intérieure : Cappadoce et est de la Turquie
Une fois quitté Istanbul, nous entrons dans la Turquie continentale. Le climat est plus chaud et les paysages se font plus arides. La Cappadoce constitue la première grande étape de la traversée du pays. Cette région est connue pour ses formations géologiques singulières, façonnées par l’érosion volcanique, qui servit d’habitations troglodytes et fut le théâtre de l’édification de véritables cités souterraines.
→ Voyage en Cappadoce : cheminées de fées et cités troglodytes

Plus à l’est, Kayseri et Malatya. Ces villes modernisées entourent un centre historique. Puis arrive le Nemrut Dağı. Ce sommet isolé abrite un sanctuaire funéraire antique, édifié au Ier siècle av. J.-C. par le roi Antiochos Ier de Commagène. Les statues monumentales, disposées au sommet de la montagne, dominent un paysage vaste et aride. Sa découverte en fin de journée constitue l’un des spectacles les plus éblouissants du voyage.
→ Visite du Nemrut Dağı : un tombeau dans le ciel
Aux marges orientales : Van, Ararat, Kurdistan turc
La route se poursuit plus loin encore, vers le lac de Van. Il s’agit de la plus grande étendue d’eau de Turquie. Situé sur le haut plateau arménien, le lac se caractérise par ses eaux salées et alcalines. Ce territoire, encore peu marqué par le tourisme international, est une bouffée d’air frais. Les villes qui le bordent, comme Tatvan et Van, apparaissent comme des pôles urbains isolés, à distance des grands axes occidentaux du pays.
→ Route jusqu’au lac de Van, au Kurdistan turc
Van constitue l’une des dernières grandes étapes urbaines avant l’extrême est de la Turquie. Sa forteresse, héritée du royaume d’Ourartou, surplombe la plaine. Plus à l’est encore, les paysages deviennent plus montagneux, plus austères, à mesure que l’on s’approche des frontières iranienne et arménienne.
Et le Mont Ararat apparaît enfin, l’aboutissement ultime du voyage. Volcan massif et isolé, il domine les autres montagnes.
→ Mont Ararat, vers le nombril du monde

Travailler le regard
Voyager lentement sur un axe aussi long permet de percevoir les continuités et les ruptures du continent européen. Les paysages, les architectures, les rythmes urbains et les infrastructures évoluent progressivement.
Le déplacement du corps dans l’espace est une composante au cœur du voyage. Il transforme la destination finale en aboutissement d’un cheminement, plutôt qu’en objectif isolé. C’est dans cette continuité, entre les lieux traversés, que le sens du voyage se construit.
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