5 livres pour comprendre la Turquie avant d’y voyager (histoire, culture, société)

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Pourquoi lire avant de voyager en Turquie ?

En 2021, j’eus l’occasion de partir un mois durant sur les routes de Truquie : un voyage que j’ai relaté dans une série d’articles. Partant de Bruxelles, nous avions, par l’intermédiaires de nombreux trains, joint des villes d’Europe de l’Est jusqu’à atterrir à Istanbul. Bien que déjà en Turquie, nous n’avions parcouru que la moitié du chemin, tant la péninsule anatolienne est longue. Notre route nous avait amené à découvrir des villes comme Gorëme, Kayseri, Malatya, Van et au bout du bout, Dongubayazit, au pied du mythique mont Ararat. De là l’Iran et l’Arménie n’était plus qu’à quelques kilomètres.

Cette longue route fut l’occasion de découvrir à quel point ce pays est varié. Sa longue histoire, qui vit la naissance et la chute d’un empire tentaculaire, fit de la Turquie un carrefour des mondes. Aujourd’hui encore des cultures très diverses y cohabitent – environ 30% de la population appartient à des minorités – en dépit du nationalisme montant et du poids écrasant du pouvoir central. Comme souvent lorsqu’on voyage, il est périlleux de comprendre le réel que l’on traverse. Pourtant, voici ci-dessous 5 livres pour comprendre la Turquie que je conseillerais à quiconque désireux de découvrir ce pays, qui sont une première approche à faire chez soi avant de partir.

Comment cette sélection a été pensée

Les livres présentés ci-dessous proposent des regards complémentaires. Il s’agit autant de romans que d’essais littéraire, pour parcourir de manière diversifiée l’histoire, la société, la culture et l’imaginaire collectif du pays. Loin de prétendre à l’exhaustivité, cette liste propose au moins une première grille de lecture.

Vue sur le mont Ararat sur une route d’Anatolie orientale

1. Histoire de la Turquie contemporaine — Hamit Bozarslan

Pour comprendre la formation de l’État turc moderne et ses contradictions

Commençons par le commencement : une histoire de la Turquie. Bien qu’il soit possible de commencer son récit dans le tréfond des âges, une approche par le siècle le plus récent permet de bien appréhender la constitution de la société et de l’état kémaliste moderne.

C’est ce que propose Histoire de la Turquie contemporaine de Hamit Bozarslan. En s’attachant aux ruptures majeures du XXᵉ siècle – chute de l’Empire ottoman, la fondation de la République par Atatürk et projet kémaliste, – l’auteur jette un regard sur les tensions et les contradictions qui traversent le pays, sur le plan interne comme sur la scène internationale.

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2. Turquie : les miroirs du Bosphore — Sylvie Arsever

Une porte d’entrée synthétique et très bien documentée

Une porte d’entrée synthétique et très bien documentéeLa collection l’âme des peuples est une de mes préférées. Cette maison d’édition publie pour chaque pays un petit livre introductif retraçant histoire, géographie, société et culture. C’est une superbe porte d’entrée, d’autant plus qu’elle fournit grands nombres de références pour aller plus loin.

Découvrir la collection l’âme des peuples

Istanbul au crépuscule, sur le Bosphore

3. Istanbul. Souvenirs d’une ville — Orhan Pamuk

L’évolution d’Istanbul et de la société turque au travers d’un récit de vie

Istanbul est un des centres névralgiques de la Turquie. Une ville-monde, qui s’étend sans fin depuis les rives du Bosphore. Frontière géogrpahique entre l’Europe et l’Asie, Istanbul est une mosaïque architecturale et culturel, et aussi temporel. Dans cette mégapole il est possible de traverser les époques et a fortiori les vestiges des civilisations qui ont occupé la ville. J’ai eu l’occasion de raconter mon passage à Istanbul dans un ancien article.

Dans Istanbul. Souvenirs d’une ville, Orhan Pamuk raconte son enfance et sa jeunesse dans une ville profondément marquée par l’effondrement de l’Empire ottoman et l’entrée dans la modernité. Cette transition, il la raconte à travers l’histoire de sa propre famille, issue d’une bourgeoisie stambouliote déclinante, qui fait écho au destin même d’Istanbul, ancienne capitale impériale devenue périphérie d’un État-nation tourné vers l’Occident. Le livre revient sur les grandes transformations du XXᵉ siècle : la disparition du cosmopolitisme ottoman, l’exode des minorités, la pauvreté des années d’après-guerre et la reconstruction brutale de la ville.

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4. Leçons kurdes : Les damnés des montagnes – Azadi

Pour comprendre la question kurde

Les Kurdes constitue l’un des peuples autochtones du plateau anatolien oriental et des régions montagneuses qui s’étendent entre l’Anatolie, la Mésopotamie et le Zagros. Bien avant la création de la Turquie moderne, ils vivent dans ces territoires sous forme de principautés et de confédérations tribales. Ils sont intégrés de manière relativement autonome à l’Empire ottoman à partir du XVIᵉ siècle. En échange de leur loyauté militaire et fiscale, ces entités kurdes conservent leurs langues, leurs structures sociales et une large autonomie, faisant de l’est de l’Anatolie une région majoritairement kurdophone sur plusieurs siècles.

Le conflit kurdo-turc prend racine dans la naissance même de la Turquie moderne, au début du XXᵉ siècle. À la chute de l’Empire ottoman, le traité de Sèvres (1920) envisage brièvement la possibilité d’une autonomie, voire d’un État kurde. Mais ce projet est abandonné avec le traité de Lausanne (1923), qui consacre la souveraineté de la nouvelle République turque sur l’Anatolie orientale. Les Kurdes, pourtant nombreux dans cette région, ne sont pas reconnus comme un peuple distinct. Le nouvel État kémaliste adopte une conception centralisée et homogénéisante de la nation, fondée sur l’identité turque.

S’ensuit une politique d’assimilation brutale. La langue kurde est interdite dans l’espace public, les toponymes sont turquifiés, et toute revendication identitaire est assimilée à une menace séparatiste. Plusieurs révoltes kurdes éclatent dans les années 1920 et 1930 (à Koçgiri, à Cheikh Saïd ou à Dersim), toutes réprimées dans le sang. Ces insurrections écrasées laissent un traumatisme durable et installent un rapport profondément conflictuel entre l’État turc et sa population kurde.

À partir de ce socle historique, le livre propose une lecture de la formation politique du peuple kurde. Revenant sur les grandes étapes du XXᵉ siècle, l’auteur montre comment la question kurde est systématiquement marginalisée puis réprimée. En s’appuyant sur une analyse inspirée de Frantz Fanon, il explique le fonctionnement de la domination étatique, l’interdiction de la langue et la violence politique qui ont progressivement transformé une identité culturelle en un projet d’émancipation collective. Un livre important pour comprendre un point de fracture centrale de la société turque actuelle.

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5. Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants — Mathias Énard

Avec ce roman de Mathias Enard, nous plongeons dans un passé plus profond, en 1506, lorsque l’empire ottoman est à son acmé. Ecrit dans une belle langue, ce roman imagine le voyage qu’aurait pu effectuer Michel-Ange à Constantinople, lorsque le sultan Bajazet lui commanda la construction d’un pont au-dessus de la corne d’or. Michel-Ange ayant refusé, ce projet n’a jamais abouti, mais cette fiction est l’occasion de se pencher sur la rencontre entre Orient et Occident, où la circulation des idées, des savoirs et des formes artistiques, sert de contrepied à l’image d’une opposition rigide entre blocs civilisationnels.

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étale du bazar d'Istanbul

Lire pour mieux voir

Voyager en Turquie sans quelques clés de lecture, c’est risquer de ne voir que la surface des choses. Les lectures aiguisent notre regard, élargissent nos perceptions, accroissent notre sensibilité.

Cette sélection reflète des lectures personnelles et des ouvrages que je considère réellement utiles pour comprendre la Turquie avant le départ.

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